Le Sahel

La vaste région semi-aride du Sahel s’étend à travers l’Afrique, juste au sud du désert du Sahara. Pendant des siècles, des arbres et arbustes indigènes, tels que le baobab, le tamarin, le dattier du désert et le karité, parsemaient la savane ouverte et les champs des agriculteurs.

Mais le paysage du Sahel a commencé à changer au XXe siècle. Les politiques et coutumes coloniales ont contribué au surpâturage et aux pratiques agricoles non durables. L’élimination des arbres et arbustes sur les terres agricoles est devenue une pratique courante, perturbant l’équilibre fragile entre les écosystèmes de la région et ses habitants, et entraînant la dégradation des terres.

Heureusement, les communautés du Niger, du Burkina Faso et du Sénégal renversent aujourd’hui la tendance. Elles ravivent les savoirs et techniques autochtones – connus sous le nom de Régénération Naturelle Assistée (RNA) – afin de restaurer les écosystèmes du Sahel et renforcer la résilience de ses populations.

Dégradation des terres et changement climatique

Abritant une population croissante d’environ 400 millions d’habitants, le Sahel fait face à d’importants défis, notamment la pauvreté, la faim, la malnutrition et l’instabilité politique. Le changement climatique – qui entraîne des températures plus élevées, une évaporation accrue et une variabilité croissante des précipitations – aggrave le problème de la dégradation des terres. Des saisons pluvieuses courtes et irrégulières et de longues périodes de sécheresse contribuent à la baisse des rendements agricoles et à la malnutrition. La perte de terres productives et fertiles menace le bien-être et les moyens de subsistance des communautés agricoles et pastorales du Sahel.

Insécurité et inégalités de genre

La pression sur les terres, la migration et l’instabilité politique alimentent les conflits. Les deux principaux systèmes de production agricole – l’agriculture pluviale à petite échelle et le pastoralisme – se disputent souvent les mêmes terres et ressources en eau, ce qui contribue à des flambées de violence locales. Les groupes armés au Niger et au Burkina Faso ont provoqué le déplacement forcé de millions de personnes dans la région.

Pour les femmes et les filles du Sahel, la situation est particulièrement grave. L’écart entre les genres y est l’un des plus importants au monde. Les femmes jouent un rôle majeur dans la production alimentaire et l’élevage, ainsi que dans la fourniture des besoins essentiels tels que l’eau et le bois de chauffe pour leur famille. Elles subissent directement les impacts de la dégradation des terres et du changement climatique, tout en étant souvent exclues des décisions qui les concernent.

Forêts souterraines

Heureusement, les communautés à travers le Sahel restaurent les riches écosystèmes situés sous leurs pieds grâce à la Régénération Naturelle Assistée (RNA). Basée sur les savoirs et pratiques autochtones, la RNA a été réintroduite dans les années 1980 par des agriculteurs du Niger, qui ont commencé à reverdir leurs terres en ravivant les « forêts souterraines » de racines, de souches et de graines. Promouvoir une gouvernance foncière et des ressources plus inclusive et pacifique est un élément clé de cette approche. Leurs efforts ont été couronnés de succès. Au fil du temps, ils ont démontré que la RNA restaure la fertilité du sol et sa capacité de rétention d’eau, ce qui entraîne une densité accrue d’arbres et de meilleurs rendements agricoles.

Dans l’environnement difficile du Sahel, la RNA constitue une approche accessible et abordable pour restaurer les écosystèmes. En tant que solution locale à la dégradation des terres, elle est plus efficace, moins coûteuse et plus durable que les programmes de plantation d’arbres imposés de manière descendante. Grâce à la RNA, les communautés du Sahel sont désormais prêtes à inverser la tendance. Elles restaurent l’environnement, reconstruisent la confiance et renforcent la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance durables. Grâce à leurs efforts, un Sahel plus stable, sûr et résilient se profile à l’horizon.